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Dans l'assiette des Européens, 10.000 ans d'inégalités de genre
information fournie par AFP 08/04/2026 à 09:30

Des ossements humains sur un site archéologique à Bordeaux, le 6 décembre 2016 ( AFP / GEORGES GOBET )

Des ossements humains sur un site archéologique à Bordeaux, le 6 décembre 2016 ( AFP / GEORGES GOBET )

Des archéologues ont mis en évidence l'existence d'inégalités alimentaires fortement marquées par le genre depuis 10.000 ans en Europe, les femmes consommant systématiquement moins de protéines animales que les hommes.

"Historiquement et ethnographiquement documentée comme plus fréquente chez les hommes que chez les femmes", la consommation de viande est "fréquemment associée à des notions de pouvoir et de contrôle", rappellent les auteurs de cette étude publiée dans la revue PNAS Nexus.

Elle est "associée à un statut social plus élevé, qu'il soit attesté ou supposé pour les périodes préhistoriques".

Mais comment véritablement mesurer les inégalités alimentaires quand il n'existe pas de données chiffrées directes ?

Une équipe internationale de chercheurs a analysé les ossements de plus de 12.000 individus issus de 673 sites dans plus de 40 pays d'Europe de l'Ouest et du bassin méditerranéen. A la recherche de précieux marqueurs chimiques préservés dans le collagène.

"Ce sont des isotopes stables qui enregistrent les protéines animales et végétales qu'un individu a mangées tout au long de sa vie. Les isotopes de l'azote vont enregistrer l'apport des protéines animales, qu'elles soient terrestres ou maritimes, et les isotopes du carbone vont montrer l'apport de certains types de plantes", explique à l'AFP Rozenn Colleter, première autrice de l'étude.

"En combinant l'azote et le carbone, on arrive à voir si l'individu est plutôt carnivore, omnivore ou végétarien", poursuit l'archéo-anthropologue de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

Mais comparer ces données entre sites et périodes est complexe car les valeurs isotopiques dépendent aussi de l'environnement local, des pratiques agricoles, du climat...

Afin de surmonter ces difficultés, la chercheuse s'est tournée vers un outil inédit en archéologie: l'indice interdécile.

En sciences économiques, celui-ci est utilisé pour calculer les inégalités de revenus, en mesurant l'écart entre les 10% (décile) des individus ayant les valeurs les plus élevées et les 10% les plus faibles.

Grâce à cet outil, l'équipe a pour la première fois pu retracer de façon comparable l'évolution des inégalités alimentaires en Europe, depuis le Paléolithique supérieur jusqu'au 18e siècle, soit une période d'environ 10.000 ans.

- Pas de différences biologiques -

Alors que le Néolithique – qui apporte l'agriculture et la domestication animale – couvre plusieurs millénaires, cultures et localisations, ses sociétés apparaissent relativement égalitaires.

Cette homogénéité s'achève avec l'âge du Bronze (dont les dates varient suivant les régions, ndlr), où la complexification des systèmes économiques et politiques intensifie les inégalités de richesse.

A l'inverse, "à la chute de l'empire romain, il faut réorganiser le pouvoir, donc les inégalités baissent", note Mme Colleter.

Au sein d'une même période, certaines sociétés sont plus inégalitaires que d'autres, "par exemple des sites urbains au Moyen Age" comme dans la vallée du Pô dans le nord de l'actuelle Italie.

Mais une donnée reste constante: les hommes sont systématiquement surreprésentés parmi les individus ayant le plus fort accès aux protéines animales, tandis que les femmes sont plus nombreuses dans les groupes les moins favorisés.

"Les femmes sont dans ce décile inférieur, donc sont sous-nourries, depuis les premiers chasseurs-cueilleurs qu'on a pu étudier jusqu'à l'époque moderne", souligne l'archéo-anthropologue.

Ces écarts ne peuvent pas être expliqués par des différences biologiques, car ils varient fortement selon les périodes et les cultures, avec des disparités particulièrement marquées au Néolithique et au Moyen Age, mais beaucoup moins durant l'Antiquité.

"Bien que cette tendance ait souvent été suggérée, notre étude fournit pour la première fois des preuves quantitatives à grande échelle", concluent les auteurs, selon qui les inégalités alimentaires fondées sur le genre "peuvent prendre racine dans une variété de pratiques culturelles: tabous alimentaires, croyances cosmologiques, perceptions erronées des besoins protéiques et normes sociales favorisant la privation des femmes au bénéfice des hommes".

2 commentaires

  • 13:06

    Je m'étonne que les wokistes n'aient pas encore déclenché un procès par contumace forcément!


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